Le chlordécone contamine les cultivateurs par ingestion
50 % des cancers dépistés à la Martinique et en Guadeloupe sont représentés par les cancers de la prostate. Ces derniers ont été notamment multipliés par la forte présence dans les sols martiniquais et guadeloupéens, de chlordécone un insecticide utilisé avant 1993 sur les bananeraies. C’est ce que révèlent les résultats de l’étude « Karuprostate » dirigée conjointement par l’INSERM, l’université de Liège et le service d’urologie du CHU de Pointe-à-Pitre. Cette étude a été menée entre 2004 et 2007 sur plus de 600 hommes atteints d’un cancer de la prostate et 600 autres sains.
Cet insecticide destiné à combattre les charançons, principaux parasites des bananeraies, ne contamine pas directement les cultivateurs pulvérisant le produit chimique. Sa présence dans le sol est par contre plus dangereuse, les agriculteurs pouvant consommer des produits agricoles contaminés. Le chlordécone renforce le risque du cancer de la prostate surtout lorsque sa concentration dépasse 1 microgramme par litre de sang. En raison de ses propriétés œstrogènes et hormonales, le chlordécone est en effet un perturbateur endocrinien.
L’interdiction tardive de l’utilisation du chlordécone a contribué à la pollution
L’utilisation du chlordécone en Guadeloupe et à la Martinique était massive entre 1973 et 1993, alors que l’insecticide était déjà prohibé dès 1976 aux Etats-Unis. Il est effectivement classé par le Centre International de Recherche sur le Cancer comme étant un cancérigène possible pour l’homme. Son utilisation dans les plantations fut également interdite en métropole en 1990, mais c’est seulement en 1993 qu’il fut banni des cultures martiniquaises et guadeloupéennes. Entre temps, il a fortement pollué les sols, les eaux des rivières et les sédiments des deux îles.
Cependant, la présence du chlordécone dans le sol n’est pas prête de s’estomper, sa durée de vie étant très longue. D’après le président du Conseil scientifique du Plan Chlordécone en Guadeloupe et à la Martinique, William Dab, une fois infiltré dans le sol, l’insecticide peut y rester nocif durant 6 siècles. Pourtant, environ 80 000 individus vivent dans des endroits pollués par le produit et 13 000 personnes absorbent quotidiennement plus de 0,5 microgramme de chlordécone par kilo de nourriture. Pour aider la population à faire face à cette pollution et ses conséquences, des études complémentaires doivent ainsi être engagées.
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